Optimiser l’utilisation du CELI et du REER selon son objectif financier
Optimiser l’utilisation du CELI et du REER selon son objectif financier
Vous avez un CELI, un REER… mais lequel prioriser pour vos projets ? En réalité, le bon choix dépend beaucoup plus de VOS objectifs et de VOTRE taux d’imposition que du produit lui‑même.
Ce guide vous montre comment utiliser stratégiquement CELI et REER selon les principaux objectifs financiers, dans un contexte québécois.
1. CELI vs REER : deux outils très différents
REER (régime enregistré d’épargne-retraite)
- Cotisation déductible du revenu imposable (économie d’impôt immédiate).
- Croissance à l’abri de l’impôt.
- Retrait imposable comme un revenu ordinaire.
- Plafond : 18 % du revenu gagné jusqu’à un maximum (31 560 $ pour 2024, 32 490 $ pour 2025).
- Outils associés :
- RAP (régime d’accession à la propriété / HBP) pour l’achat d’une maison.
- Conversion obligatoire en FERR (FERR/RRIF) au plus tard l’année des 71 ans, avec retraits minimums (5,28 % à 71 ans, croissant ensuite).
CELI (compte d’épargne libre d’impôt)
- Cotisation non déductible (aucune économie d’impôt immédiate).
- Croissance à l’abri de l’impôt.
- Retraits totalement non imposables.
- Droits de cotisation à vie (2009–2025) : plus de 102 000 $ cumulés pour une personne ayant été admissible chaque année.
Idée clé :
- REER = surtout puissant si vous cotisez à taux d’imposition élevé et retirez à taux plus faible.
- CELI = idéal pour tout objectif où la flexibilité et la non‑imposition des retraits sont essentielles.
2. Objectif retraite : comment combiner REER, FERR et CELI
Quand prioriser le REER pour la retraite ?
Le REER est particulièrement efficace si :
- Votre revenu actuel est moyen à élevé (souvent dès que vous entrez dans les tranches supérieures fédérales / Québec).
- Vous prévoyez un revenu moindre à la retraite (pensions publiques, FERR, fonds de pension, mais globalement dans un palier d’imposition inférieur).
Stratégie typique :
- Cotiser au REER pour réduire l’impôt aujourd’hui.
- Investir ces économies d’impôt (dans un CELI ou non enregistré, au lieu de les dépenser).
- À la retraite, convertir en FERR (Fonds enregistré de revenu de retraite) et planifier les retraits de façon à :
- Profiter des tranches d’imposition les plus basses;
- Éviter de trop augmenter le revenu imposable (effet sur PSV, crédits, etc.).
Combinaison gagnante pour la retraite
Revenu élevé :
- → Prioriser REER (pour maximiser l’économie d’impôt)
- → Utiliser le CELI comme réservoir de liquidités et pour investir vos remboursements d’impôt.
Revenu faible à modéré :
- → Prioriser CELI
- → Cotisations au REER seulement si vous prévoyez réellement un taux d’imposition significativement plus bas à la retraite.
3. Objectif achat de maison : CELI, REER (RAP) et CELIAPP
Pour l’achat d’une première propriété, vous disposez de plusieurs leviers :
CELI : retraits 100 % libres d’impôt, sans obligation de remboursement.
REER via le RAP :
- Retraits pouvant atteindre 60 000 $ par personne (selon la loi fédérale).
- Aucun impôt à la source si toutes les conditions sont respectées.
- Fonctionne comme un prêt sans intérêt de votre REER, à rembourser sur 15 ans (1/15 par an à partir du début du calendrier de remboursement).
CELIAPP (compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété) :
- Cotisations déductibles (comme un REER).
- Croissance et retraits admissibles non imposables (comme un CELI).
- Aucune obligation de remboursement.
- Peut être combiné avec le RAP.
Ordre stratégique typique pour un premier acheteur au Québec :
Maximiser le CELIAPP, car :
- Déduction d’impôt à l’entrée
- Retraits non imposables à la sortie pour l'achat d'une première propriété
- Aucun remboursement obligatoire (contrairement au RAP).
Utiliser ensuite :
- Le CELI pour compléter la mise de fonds sans impact fiscal.
- Le REER / RAP pour augmenter la mise de fonds si :
- Vous avez déjà des sommes en REER;
Bien préparer le remboursement du RAP :
- Prévoir dans le budget un montant annuel dédié aux cotisations REER de remboursement.
- Éviter que les montants non remboursés soient ajoutés à votre revenu imposable.
4. Objectifs à moyen terme : voyage, projet personnel, retour aux études
Pour des projets sur 2 à 10 ans (voyage majeur, sabbatique, retour aux études, démarrage d’entreprise, etc.) :
Pourquoi le CELI domine presque toujours
- Retraits sans impôt, peu importe l’usage.
- Reconstitution de la marge de cotisation l’année suivante.
- Aucune contrainte de remboursement ou conversion (contrairement au REER/FERR).
Utiliser le REER pour un projet non-retraite signifie :
- Payer de l’impôt sur le retrait (souvent à un taux marginal élevé).
- Perdre définitivement les droits de cotisation utilisés.
- Rendre plus complexe la planification de votre retraite.
Conclusion pour les projets à moyen terme :
→ Prioriser le CELI pour garder la flexibilité et minimiser la facture fiscale.
5. Objectif revenu passif et liberté financière
Si votre objectif est de créer une source de revenu passif (dividendes, intérêts, retraits d’un portefeuille), la combinaison CELI/REER joue un rôle clé.
Revenu passif avant la retraite (40–55 ans, par exemple)
- Le CELI est l’outil central :
- Vous pouvez en vivre partiellement ou temporairement sans augmenter votre revenu imposable.
- Les retraits n’affectent pas les prestations et crédits calculés sur le revenu.
- Le REER, s’il est utilisé avant 65 ans, entraîne généralement des retraits imposables à taux élevé.
Stratégie possible :
- Construire un portefeuille de placements productifs de revenus (dividendes, intérêts, FNB) à l’intérieur du CELI.
- Garder le REER pour la vraie retraite (utilisation plus tardive, souvent via FERR).
6. Erreurs fréquentes à éviter
1- Cotiser au REER à faible revenu
Réduire un revenu déjà peu imposé aujourd’hui pour payer potentiellement autant (ou plus) d’impôt à la retraite peut être contre‑productif. Dans ces cas, le CELI est souvent plus pertinent.
2- Utiliser le REER comme compte chèques
Les retraits occasionnels pour payer des dépenses courantes entraînent :
- Impôt à la source;
- Inclusion dans le revenu;
- Perte permanente des droits REER.
3- Négliger le RAP lors de l’achat d’une maison
Certains laissent dormir des sommes en REER alors que le RAP pourrait :
- Augmenter la mise de fonds;
- Réduire l’assurance prêt hypothécaire;
- Améliorer la capacité d’emprunt.
Ne pas rembourser le RAP
- Omissions répétées = montants ajoutés au revenu, donc impôt supplémentaire année après année.
- Ignorer la coordination REER–FERR
- Reporter trop longtemps les retraits peut mener à :
- De très gros retraits forcés après 71 ans;
- Un taux d’imposition plus élevé que nécessaire. Un étalement de certains retraits avant 71 ans peut être avantageux.
7. Bonnes pratiques de planification CELI/REER
Lier le compte à l’objectif
- Projet à moyen terme → CELI.
- Retraite, si revenu actuel élevé → REER (puis FERR).
- Première maison → CELIAPP + RAP + CELI.
Analyser votre taux marginal d’imposition actuel vs futur
- Haut maintenant / bas à la retraite → REER très intéressant.
- Bas maintenant / semblable ou haut à la retraite → CELI prioritaire.
Simuler vos retraits futurs
- Estimer le revenu de retraite (RRQ, PSV, pension, FERR, CELI).
- Chercher à rester dans les tranches d’imposition inférieures.
- Utiliser le CELI pour tout ce qui dépasserait « la zone confortable » de revenu imposable.
Automatiser vos contributions
- Prélèvements automatiques vers CELI et/ou REER selon votre plan.
- Ajuster chaque année en fonction de l’évolution de vos revenus et de vos projets.
Conclusion : le bon outil au bon moment
Optimiser CELI et REER, ce n’est pas choisir un « gagnant universel », c’est aligner chaque dollar avec l’objectif le plus pertinent :
- Retraite : REER comme colonne vertébrale, CELI comme coussin fiscal.
- Achat de maison : CELIAPP d’abord, puis CELI et REER via RAP.
- Voyages, projets, flexibilité : CELI en priorité.
- Revenu passif et liberté financière : CELI dominant avant la retraite, REER/FERR structurant après.
En structurant vos comptes selon vos objectifs et votre réalité fiscale québécoise, vous transformez de simples « produits d’épargne » en véritables stratégies de création de richesse.